Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Revue spirite — Année X — Juillet 1867.

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COURTE EXCURSION SPIRITE.

1. — La société de Bordeaux,  †  reconstituée ainsi que nous l’avons dit dans notre précédent numéro, s’est réunie cette année, comme l’année passée, en un banquet qui a eu lieu le jour de la Pentecôte, banquet simple, disons-le tout de suite, comme il convient en pareille circonstance, et à des gens dont le but principal est de trouver une occasion de se réunir et de resserrer les liens de confraternité ; la recherche et le luxe y seraient un non-sens. Malgré les occupations qui nous retenaient à Paris,  †  nous avons pu nous rendre à la gracieuse et pressante invitation qui nous a été faite d’y assister. Celui de l’année dernière, qui était le premier, n’avait réuni qu’une trentaine de convives ; à celui de cette année, il y en avait quatre fois plus, dont plusieurs venus d’une grande distance ; Toulouse,  †  Marmande,  †  Villeneuve,  †  Libourne,  †  Niort,  †  Blaye  †  et jusqu’à Carcassonne,  †  qui est à 80 lieues,  †  y avaient leurs représentants. Tous les rangs de la société y étaient confondus dans une communauté de sentiments ; là, se trouvaient l’artisan, le cultivateur à côté du bourgeois, du négociant, du médecin, des fonctionnaires, des avocats, des hommes de science, etc.

Il serait superflu d’ajouter que tout s’est passé comme cela devait être entre gens qui ont pour devise : « Hors la charité point de salut, »  ( † ) et qui professent la tolérance pour toutes les opinions et toutes les convictions.

Aussi, dans les allocutions de circonstance qui ont été prononcées, pas une parole n’a été dite, dont la susceptibilité la plus ombrageuse aurait pu s’effaroucher ; nos plus grands adversaires même s’y seraient trouvés, qu’ils n’auraient pas entendu un mot, ni une allusion à leur adresse.

L’autorité s’était montrée pleine de bienveillance et de courtoisie à l’égard de cette réunion, et nous devons l’en remercier. Nous ignorons si elle y était représentée d’une manière occulte, mais à coup sûr elle a pu se convaincre là, comme toujours, que les doctrines professées par les Spirites, loin d’être subversives, sont une garantie de paix et de tranquillité ; que l’ordre public n’a rien à craindre de gens dont les principes sont ceux du respect des lois, et qui, dans aucune circonstance, n’ont cédé aux suggestions des agents provocateurs qui cherchaient à les compromettre. On les a toujours vus se retirer et s’abstenir de toute manifestation ostensible, toutes les fois qu’ils ont pu craindre qu’on n’en fît un prétexte de scandale.

Est-ce faiblesse de leur part ? Non certes ; c’est au contraire la conscience de la force de leurs principes qui les rend calmes, et la certitude qu’ils ont de l’inutilité des efforts tentés pour les étouffer ; quand ils s’abstiennent, ce n’est pas pour mettre leurs personnes à l’abri, mais pour éviter ce qui pourrait rejaillir sur la doctrine. Ils savent qu’elle n’a pas besoin de démonstrations extérieures pour triompher. Ils voient leurs idées germer partout, se propager avec une puissance irrésistible ; qu’auraient-ils besoin de faire du bruit ? Ils laissent ce soin à leurs antagonistes, qui, par leurs clameurs, aident à la propagation. Les persécutions même sont le baptême nécessaire de toutes les idées nouvelles un peu grandes ; au lieu de leur nuire, elles leur donnent de l’éclat ; on en mesure l’importance à l’acharnement qu’on met à les combattre. Les idées qui ne s’acclimatent qu’à force de réclames et de mises en scène, n’ont qu’une vitalité factice et de courte durée ; celles qui se propagent d’elles-mêmes et par la force des choses ont la vie en elles, et sont seules durables ; c’est le cas où se trouve le Spiritisme.

La fête s’est terminée par une collecte au profit des malheureux, sans distinction de croyances, et avec une précaution dont on ne peut que louer la sagesse. Pour laisser toute liberté, n’humilier personne, et ne pas stimuler la vanité de ceux qui donneraient plus que les autres, les choses ont été disposées de manière à ce que personne, pas même les collecteurs, ne sût ce que chacun avait donné. La recette a été de 85 fr., et des commissaires ont été immédiatement désignés pour en faire l’emploi.

Malgré la brièveté de notre séjour à Bordeaux, nous avons pu assister à deux séances de la société : l’une consacrée au traitement des malades, et l’autre aux études philosophiques. Nous avons ainsi pu constater par nous-même les bons résultats qui sont toujours le fruit de la persévérance et de la bonne volonté. Au compte rendu que nous avons publié dans notre précédent numéro sur la société bordelaise, nous pouvons, en connaissance de cause, ajouter nos félicitations personnelles. Mais elle ne doit pas se dissimuler que plus elle prospérera, plus elle sera en butte aux attaques de nos adversaires ; qu’elle se défie surtout des sourdes manœuvres que l’on pourrait ourdir contre elle, et des pommes de discorde que, sous l’apparence d’un zèle exagéré, on pourrait lancer dans son sein.


2. — Le temps de notre absence de Paris étant limité par l’obligation d’y être de retour à jour fixe, nous n’avons pu, à notre grand regret, nous rendre dans les différents centres où nous étions convié ; nous n’avons pu que nous arrêter quelques instants à Tours  †  et à Orléans  †  qui se trouvaient sur notre route. Là aussi nous avons pu constater l’ascendant que la doctrine acquiert chaque jour dans l’opinion, et ses heureux résultats qui, pour n’être encore qu’individuels, n’en sont pas moins satisfaisants.

A Tours la réunion devait être à peu près de cent cinquante personnes, tant de la ville que des environs, mais par suite de la précipitation avec laquelle la convocation a été faite, les deux tiers seulement ont pu s’y rendre. Une circonstance imprévue n’ayant pas permis de profiter de la salle qui avait été choisie, on s’est réuni, par une magnifique soirée, dans le jardin d’un des membres de la société. A Orléans les Spirites sont moins nombreux, mais ce centre n’en compte pas moins bon nombre d’adeptes sincères et dévoués auxquels nous avons été heureux de serrer la main.

Un fait constant et caractéristique, et que l’on doit considérer comme un grand progrès, c’est la diminution graduelle et à peu près générale, des préventions contre les idées spirites, même chez ceux qui ne les partagent pas ; on reconnaît maintenant à chacun le droit d’être Spirite, comme on a celui d’être juif ou protestant ; c’est quelque chose. Les localités où, comme à Illiers,  †  dans le département d’Eure et Loir, on ameute les gamins pour leur courir sus à coups de pierres, sont des exceptions de plus en plus rares. [v. Illiers et les spirites.]

Un autre signe de progrès non moins caractéristique, c’est le peu d’importance que partout les adeptes, même dans les classes les moins éclairées, attachent aux faits de manifestations extraordinaires. Si des effets de ce genre se produisent spontanément, on les constate, mais on ne s’en émeut pas, on ne les recherche pas, et l’on s’attache encore moins à les provoquer. On prise peu ce qui ne satisfait que les yeux et la curiosité ; le but sérieux, de la doctrine, ses conséquences morales, les ressources qu’elle peut offrir pour le soulagement de la souffrance, le bonheur de retrouver les parents ou amis que l’on a perdus, et de s’entretenir avec eux, d’écouter les conseils qu’ils viennent donner, font l’objet exclusif et préféré des réunions spirites. Dans les campagnes mêmes et parmi les artisans, un puissant médium à effets physiques serait moins apprécié qu’un bon médium écrivain donnant, par des communications raisonnées, la consolation et l’espérance. Ce qu’on cherche dans la doctrine, c’est avant tout ce qui touche le cœur. C’est une chose remarquable que la facilité avec laquelle les gens même les plus illustresn comprennent et s’assimilent les principes de cette philosophie ; c’est parce qu’il n’est pas nécessaire d’être savant pour avoir du cœur et du jugement. Ah ! disent-ils, si l’on nous avait toujours parlé ainsi, nous n’aurions jamais douté de Dieu et de sa bonté, même dans nos plus grandes misères !

C’est quelque chose sans doute de croire, car c’est déjà un pied mis dans la bonne voie ; mais la croyance sans la pratique est une lettre morte ; or, nous sommes heureux de dire que, dans notre courte excursion, parmi de nombreux exemples des effets moralisateurs de la doctrine, nous avons rencontré bon nombre de ces Spirites de cœur qu’on pourrait dire complets s’il était donné à l’homme d’être complet en quoi que ce soit, et qu’on peut regarder comme les types de la génération future transformée ; il y en a de tous sexes, de tous âges et de toutes conditions, depuis la jeunesse jusqu’à la limite extrême de l’âge, qui réalisent dès cette vie les promesses qui nous sont faites pour l’avenir. Ils sont faciles à reconnaître ; il y a dans tout leur être un reflet de franchise et de sincérité qui commande la confiance ; dès l’abord on sent qu’il n’y a aucune arrière-pensée dissimulée sous des paroles dorées ou d’hypocrites compliments. Autour d’eux, et dans la médiocrité même, ils savent faire régner le calme et le contentement. Dans ces intérieurs bénis on respire une atmosphère sereine qui réconcilie avec l’humanité, et l’on comprend le règne de Dieu sur la terre ; bienheureux ceux qui savent en jouir par anticipation ! Dans nos tournées spirites, c’est moins le nombre des croyants que nous supputons, et qui nous satisfait le plus, que celui de ces adeptes qui sont l’honneur de la doctrine, et qui en sont en même temps les plus fermes soutiens, parce qu’ils la font estimer et respecter en eux.

En voyant le nombre des heureux que fait le Spiritisme, nous oublions facilement les fatigues inséparables de notre tâche. C’est là une satisfaction, un résultat positif, que la malveillance la plus acharnée ne peut nous enlever ; on pourrait nous ôter la vie, les biens matériels, mais jamais le bonheur d’avoir contribué à ramener la paix dans des cœurs ulcérés. Pour quiconque sonde les motifs secrets qui font agir certains hommes, il y a des boues qui salissent ceux qui la jettent, et non ceux à qui ils la jettent.

Que tous ceux qui nous ont donné, dans ce dernier voyage, de si touchants témoignages de sympathie, en reçoivent ici nos bien sincères remerciements, et soient assurés qu’ils sont payés de retour.



[1] ERRATA. Numéro de juillet 1867, page 196, 10e ligne : Les gens les plus illustres comprennent… - Lisez : illettrés. [Revue de janvier 1868.]


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