Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Œuvres posthumes — Première Partie.

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Chapitre 2.


MANIFESTATIONS DES ESPRITS.

Caractère et conséquences religieuses des manifestations spirites. (1-8.) — Le périsprit, principe des manifestations. (9-15.) — Manifestations visuelles. (16-21.) — Transfiguration. Invisibilité. (22, 23.) — Émancipation de l’âme. (24-31.) — Apparition des personnes vivantes. Bi-corporéité. (32.) — Des Médiums. (33-55.) — De l’obsession et de la possession. (56-61.)


Caractère et conséquences religieuses des manifestations spirites.


1. — Les âmes ou Esprits de ceux qui ont vécu constituent le monde invisible qui peuple l’espace et au milieu duquel nous vivons ; il en résulte que depuis qu’il y a des hommes, il y a des Esprits, et que si ces derniers ont le pouvoir de se manifester, ils ont dû le faire à toutes les époques. C’est ce que constatent l’histoire et les religions de tous les peuples. Cependant, dans ces derniers temps, les manifestations des Esprits ont pris un grand développement et ont acquis un plus grand caractère d’authenticité, parce qu’il était dans les vues de la Providence de mettre un terme à la plaie de l’incrédulité et du matérialisme, par des preuves évidentes, en permettant à ceux qui ont quitté la terre de venir attester leur existence et nous révéler leur situation heureuse ou malheureuse.


2. — Le monde visible vivant au milieu du monde invisible, avec lequel il est en contact perpétuel, il en résulte qu’ils réagissent incessamment l’un sur l’autre. Cette réaction est la source d’une foule de phénomènes que l’on a regardés comme surnaturels, faute d’en connaître la cause.

L’action du monde invisible sur le monde visible, et réciproquement, est une des lois, une des forces de la nature nécessaire à l’harmonie universelle comme la loi d’attraction ; si elle venait à cesser, l’harmonie serait troublée, comme dans un mécanisme dont un rouage serait supprimé. Cette action étant fondée sur une loi de nature, il en résulte que tous les phénomènes qu’elle produit n’ont rien de surnaturel. Ils n’ont paru tels que parce qu’on n’en connaissait pas la cause ; ainsi en a-t-il été de certains effets de l’électricité, de la lumière, etc.


3. — Toutes les religions ont pour base l’existence de Dieu, et pour but l’avenir de l’homme après la mort. Cet avenir, qui est pour l’homme d’un intérêt capital, est nécessairement lié à l’existence du monde invisible ; aussi la connaissance de ce monde a-t-elle fait, de tout temps, l’objet de ses recherches, de ses préoccupations. Son attention a été naturellement portée sur les phénomènes tendant à prouver l’existence de ce monde, et il n’y en avait pas de plus concluants que ceux de la manifestation des Esprits, par lesquels les habitants mêmes de ce monde révélaient leur existence ; c’est pourquoi ces phénomènes sont devenus la base de la plupart des dogmes de toutes les religions.


4. — L’homme, ayant instinctivement l’intuition d’une puissance supérieure, a été porté, dans tous les temps, à attribuer à l’action directe de cette puissance les phénomènes dont la cause lui était inconnue, et qui passaient à ses yeux pour des prodiges et des effets surnaturels. Cette tendance est considérée par des incrédules comme la conséquence de l’amour de l’homme pour le merveilleux, mais ils ne cherchent pas la source de cet amour du merveilleux ; elle est tout simplement dans l’intuition mal définie d’un ordre de choses extra-corporel. Avec le progrès de la science et la connaissance des lois de la nature, ces phénomènes ont peu à peu passé du domaine du merveilleux dans celui des effets naturels, de telle sorte que ce qui semblait jadis surnaturel ne l’est plus aujourd’hui et que ce qui l’est encore aujourd’hui ne le sera plus demain.

Les phénomènes dépendant de la manifestation des Esprits, par leur nature même, ont dû fournir un large contingent aux faits réputés merveilleux ; mais il devait venir un temps où la loi qui les régit étant connue, ils rentreraient, comme les autres, dans l’ordre des faits naturels. Ce temps est venu, et le Spiritisme, en faisant connaître cette loi, donne la clef de la plupart des passages incompris des Écritures sacrées y faisant allusion, et des faits regardés comme miraculeux.


5. — Le caractère du fait miraculeux est d’être insolite et exceptionnel ; c’est une dérogation aux lois de la nature ; dès lors qu’un phénomène se reproduit dans des conditions identiques, c’est qu’il est soumis à une loi et n’est pas miraculeux. Cette loi peut être inconnue, mais elle n’en existe pas moins ; le temps se charge de la faire connaître.

Le mouvement du soleil, ou mieux de la terre, arrêté par Josué serait un véritable miracle, car ce serait une dérogation manifeste à la loi qui régit le mouvement des astres ; mais si le fait pouvait se reproduire dans des conditions données, c’est qu’il serait soumis à une loi, et il cesserait, par conséquent, d’être miraculeux.


6. — C’est à tort que l’Église s’effraie de voir se restreindre le cercle des faits miraculeux, car Dieu prouve mieux sa grandeur et sa puissance par l’admirable ensemble de ses lois que par quelques infractions à ces mêmes lois, et cela d’autant qu’elle attribue au démon le pouvoir de faire des prodiges, ce qui impliquerait que le démon pouvant interrompre le cours des lois divines serait aussi puissant que Dieu. Oser dire que l’Esprit du mal peut suspendre l’action des lois de Dieu est un blasphème et un sacrilège.

La religion, loin de perdre de son autorité à ce que des faits réputés miraculeux passent dans l’ordre des faits naturels, ne peut qu’y gagner ; d’abord parce que, si un fait est à tort réputé miraculeux, c’est une erreur, et la religion ne peut que perdre à s’appuyer sur une erreur, si surtout elle s’obstinait à regarder comme un miracle ce qui n’en serait pas ; secondement, parce que beaucoup de personnes, n’admettant pas la possibilité des miracles, nient les faits réputés miraculeux et, par suite, la religion qui s’appuie sur ces faits ; si, au contraire, la possibilité de ces faits est démontrée comme conséquence des lois naturelles, il n’y a plus lieu de les repousser, non plus que la religion qui les proclame.


7. — Les faits constatés par la science d’une manière péremptoire ne peuvent être infirmés par aucune croyance religieuse contraire. La religion ne peut que gagner en autorité à suivre le progrès des connaissances scientifiques, et perdre à rester en arrière ou à protester contre ces mêmes connaissances au nom des dogmes, car aucun dogme ne saurait prévaloir contre les lois de la nature ni les annuler ; un dogme fondé sur la négation d’une loi de la nature ne peut être l’expression de la vérité.

Le Spiritisme, fondé sur la connaissance des lois incomprises jusqu’à ce jour, ne vient point détruire les faits religieux, mais les sanctionner en leur donnant une explication rationnelle ; il ne vient détruire que les fausses conséquences qui en ont été déduites par suite de l’ignorance de ces lois ou de leur interprétation erronée.


8. — L’ignorance des lois de la nature, portant l’homme à chercher des causes fantastiques aux phénomènes qu’il ne comprend pas, est la source des idées superstitieuses, dont quelques-unes sont dues aux phénomènes spirites mal compris : la connaissance des lois qui régissent les phénomènes détruit ces idées superstitieuses, en ramenant les choses à la réalité, et en démontrant la limite du possible et de l’impossible.


Le périsprit, principe des manifestations.


9. — Les Esprits, comme il a été dit, ont un corps fluidique auquel on donne le nom de périsprit. Sa substance est puisée dans le fluide universel ou cosmique qui le forme et l’alimente, comme l’air forme et alimente le corps matériel de l’homme. Le périsprit est plus ou moins éthéré selon les mondes et selon le degré d’épuration de l’Esprit. Dans les mondes et les Esprits inférieurs, sa nature est plus grossière et se rapproche davantage de la matière brute.


10. — Dans l’incarnation, l’Esprit conserve son périsprit : le corps n’est pour lui qu’une seconde enveloppe plus grossière, plus résistante, appropriée aux fonctions qu’il doit remplir et dont il se dépouille à la mort.

Le périsprit est l’intermédiaire entre l’Esprit et le corps ; c’est l’organe de transmission de toutes les sensations. Pour celles qui viennent de l’extérieur, on peut dire que le corps reçoit l’impression ; le périsprit la transmet, et l’Esprit, l’être sensible et intelligent, la reçoit ; lorsque l’acte part de l’initiative de l’Esprit, on peut dire que l’Esprit veut, que le périsprit transmet, et que le corps exécute.


11. — Le périsprit n’est point renfermé dans les limites du corps comme dans une boîte ; par sa nature fluidique il est expansible ; il rayonne au-dehors et forme autour du corps une sorte d’atmosphère que la pensée et la force de la volonté peuvent étendre plus ou moins ; d’où il suit que des personnes qui ne sont point en contact corporellement, peuvent l’être par leur périsprit et se transmettre à leur insu leurs impressions, quelquefois même l’intuition de leurs pensées.


12. — Le périsprit, étant un des éléments constitutifs de l’homme, joue un rôle important dans tous les phénomènes psychologiques et, jusqu’à un certain point, dans les phénomènes physiologiques et pathologiques. Quand les sciences médicales tiendront compte de l’influence de l’élément spirituel dans l’économie, elles auront fait un grand pas et des horizons tout nouveaux s’ouvriront devant elles ; bien des causes de maladies seront alors expliquées et de puissants moyens de les combattre seront trouvés.


13. — C’est au moyen du périsprit que les Esprits agissent sur la matière inerte et produisent les différents phénomènes des manifestations. Sa nature éthérée ne saurait être un obstacle, puisqu’on sait que les plus puissants moteurs se trouvent dans les fluides les plus raréfiés et les fluides impondérables. Il n’y a donc point lieu de s’étonner de voir, à l’aide de ce levier, les Esprits produire certains effets physiques, tels que des coups frappés et bruits de toutes sortes, des objets soulevés, transportés ou projetés dans l’espace. Il n’est nul besoin pour s’en rendre compte d’avoir recours au merveilleux ou aux effets surnaturels.


14. — Les Esprits agissant sur la matière peuvent se manifester de plusieurs manières différentes : par des effets physiques, tels que les bruits et le mouvement des objets ; par la transmission de pensée, par la vue, l’ouïe, la parole, le toucher, l’écriture, le dessin, la musique, etc., en un mot par tous les moyens qui peuvent servir à les mettre en rapport avec les hommes.


15. — Les manifestations des Esprits peuvent être spontanées ou provoquées. Les premières ont lieu inopinément et à l’improviste ; elles se produisent souvent chez les personnes les plus étrangères aux idées spirites. Dans certains cas et sous l’empire de certaines circonstances, les manifestations peuvent être provoquées par la volonté, sous l’influence de personnes douées à cet effet de facultés spéciales.

Les manifestations spontanées ont eu lieu à toutes les époques et dans tous les pays ; le moyen de les provoquer était certainement aussi connu dans l’antiquité, mais il était le privilège de certaines castes qui ne le révélaient qu’à de rares initiés sous des conditions rigoureuses, le cachant au vulgaire afin de le dominer par le prestige d’une puissance occulte. Il s’est néanmoins perpétué à travers les âges jusqu’à nos jours chez quelques individus, mais presque toujours défiguré par la superstition ou mêlé aux pratiques ridicules de la magie, ce qui avait contribué à le discréditer. Ce n’avait été jusqu’alors que des germes jetés çà et là ; la Providence avait réservé à notre époque la connaissance complète et la vulgarisation de ces phénomènes, pour les dégager de leurs mauvais alliages et les faire servir à l’amélioration de l’humanité, mûre aujourd’hui pour les comprendre et en tirer les conséquences.


Manifestations visuelles.


16. — Par sa nature et dans son état normal, le périsprit est invisible, et il a cela de commun avec une foule de fluides que nous savons exister et que nous n’avons cependant jamais vus ; mais il peut aussi, de même que certains fluides, subir des modifications qui le rendent perceptible à la vue, soit par une sorte de condensation, soit par un changement dans la disposition moléculaire ; il peut même acquérir les propriétés d’un corps solide et tangible, mais il peut instantanément reprendre son état éthéré et invisible. On peut se rendre compte de cet effet par celui de la vapeur, qui peut passer de l’invisibilité à l’état brumeux, puis liquide, puis solide, et vice versa.

Ces différents états du périsprit sont le résultat de la volonté de l’Esprit, et non d’une cause physique extérieure, comme dans les gaz. Quand un Esprit apparaît, c’est qu’il met son périsprit dans l’état nécessaire pour le rendre visible. Mais sa volonté ne suffit pas toujours ; il faut, pour que cette modification du périsprit puisse s’opérer, un concours de circonstances indépendantes de lui ; il faut, en outre, que l’Esprit ait la permission de se faire voir à telle personne, ce qui ne lui est pas toujours accordé, ou ne l’est que dans certaines circonstances, par des motifs que nous ne pouvons apprécier. (Voir le Livre des Médiums, n° 105.)

Une autre propriété du périsprit et qui tient à sa nature éthérée, c’est la pénétrabilité. Aucune matière ne lui fait obstacle ; il les traverse toutes, comme la lumière traverse les corps transparents. C’est pourquoi il n’est pas de clôture qui puisse s’opposer à l’entrée des Esprits ; ils vont visiter le prisonnier dans son cachot aussi facilement que l’homme qui est au milieu des champs.


17. — Les manifestations visuelles les plus ordinaires ont lieu dans le sommeil, par les rêves : ce sont les visions. Les apparitions proprement dites ont lieu à l’état de veille et alors qu’on jouit de la plénitude et de l’entière liberté de ses facultés. Elles se présentent généralement sous une forme vaporeuse et diaphane, quelquefois vague et indécise : c’est souvent, au premier abord, une lueur blanchâtre dont les contours se dessinent peu à peu. D’autres fois, les formes sont nettement accentuées, et l’on distingue les moindres traits du visage, au point d’en pouvoir faire une description très précise. Les allures, l’aspect sont semblables à ce qu’était l’Esprit de son vivant.


18. — Pouvant prendre toutes les apparences, l’Esprit se présente sous celle qui peut mieux le faire reconnaître, si tel est son désir. Aussi, bien que, comme Esprit, il n’ait aucune infirmité corporelle, il se montrera estropié, boiteux, blessé, avec des cicatrices, si cela est nécessaire pour constater son identité. Il en est de même pour le costume ; celui des Esprits qui n’ont rien conservé des chutes terrestres se compose le plus ordinairement d’une draperie à longs plis flottants, avec une chevelure ondoyante et gracieuse.

Souvent les Esprits se présentent avec les attributs caractéristiques de leur élévation, comme une auréole, des ailes pour ceux que l’on peut considérer comme des anges, un aspect lumineux resplendissant, tandis que d’autres ont ceux qui rappellent leurs occupations terrestres ; ainsi un guerrier pourra apparaître avec son armure, un savant avec des livres, un assassin avec un poignard, etc. Les Esprits supérieurs ont une figure belle, noble et sereine ; les plus inférieurs ont quelque chose de farouche et de bestial, et quelquefois portent encore les traces des crimes qu’ils ont commis ou des supplices qu’ils ont endurés ; pour eux cette apparence est une réalité ; c’est-à-dire qu’ils se croient être tels qu’ils paraissent ; c’est pour eux un châtiment.


19. — L’Esprit, qui veut ou peut apparaître, revêt quelquefois une forme plus nette encore, ayant toutes les apparences d’un corps solide, au point de produire une illusion complète et de faire croire que l’on a devant soi un être corporel.

Dans quelques cas et sous l’empire de certaines circonstances, la tangibilité peut devenir réelle, c’est-à-dire qu’on peut toucher, palper, sentir la même résistance, la même chaleur que de la part d’un corps vivant, ce qui ne l’empêche pas de s’évanouir avec la rapidité de l’éclair. On pourrait donc être en présence d’un Esprit avec lequel on échangerait les paroles et les actes de la vie, croyant avoir affaire à un simple mortel et sans se douter que c’est un Esprit.


20. — Quel que soit l’aspect sous lequel se présente un Esprit, même sous la forme tangible, il peut, dans le même instant, n’être visible que pour quelques-uns seulement ; dans une assemblée, il pourrait donc ne se montrer qu’à un ou plusieurs membres ; de deux personnes placées à côté l’une de l’autre, l’une peut le voir et le toucher, l’autre ne rien voir et ne rien sentir.

Le phénomène de l’apparition à une seule personne parmi plusieurs qui se trouvent ensemble s’explique par la nécessité, pour qu’il se produise, d’une combinaison entre le fluide périsprital de l’esprit et celui de la personne ; il faut, pour cela, qu’il y ait entre ces fluides une sorte d’affinité qui favorise la combinaison ; si l’Esprit ne trouve pas l’aptitude organique nécessaire, le phénomène de l’apparition ne peut se produire ; si l’aptitude existe, l’Esprit est libre d’en profiter ou non ; d’où il résulte que si deux personnes également douées sous ce rapport se trouvent ensemble, l’Esprit peut opérer la combinaison fluidique avec celle des deux seulement à qui il veut se montrer ; ne le faisant pas avec l’autre, celle-ci ne le verra pas. Ainsi en serait-il de deux individus ayant chacun un voile sur les yeux, si un troisième individu veut se montrer à l’un des deux seulement, il ne lèvera qu’un seul voile ; mais à celui qui serait aveugle, il aura beau lever le voile, la faculté de voir ne lui sera pas donnée pour cela.


21. — Les apparitions tangibles sont fort rares, mais les apparitions vaporeuses sont fréquentes ; elles le sont surtout au moment de la mort ; l’Esprit dégagé semble vouloir se hâter d’aller revoir ses parents et ses amis, comme pour les avertir qu’il vient de quitter la terre et leur dire qu’il vit toujours. Que chacun recueille ses souvenirs et l’on verra combien de faits authentiques de ce genre, dont on ne se rendait pas compte, ont eu lieu, non seulement la nuit, mais en plein jour et à l’état de veille le plus complet.


Transfiguration. Invisibilité.


22. — Le périsprit des personnes vivantes jouit des mêmes propriétés que celui des Esprits. Comme cela a été dit, il n’est point confiné dans le corps, mais il rayonne et forme autour de lui une sorte d’atmosphère fluidique ; or, il peut arriver qu’en certains cas et sous l’empire des mêmes circonstances, il subisse une transformation analogue à celle qui a été décrite ; la forme réelle et matérielle du corps peut s’effacer sous cette couche fluidique, si l’on peut s’exprimer ainsi, et revêtir momentanément une apparence toute différente, celle même d’une autre personne ou de l’Esprit qui combine son fluide avec celui de l’individu, ou bien encore donner à une figure laide un aspect beau et radieux. Tel est le phénomène désigné sous le nom de transfiguration, phénomène assez fréquent, et qui se produit principalement lorsque des circonstances provoquent une expansion plus abondante de fluide.

Le phénomène de la transfiguration peut se manifester avec une intensité très différente selon le degré d’épuration du périsprit, degré qui correspond toujours à celui de l’élévation morale de l’Esprit. Il se borne parfois à un simple changement dans l’aspect de la physionomie, comme il peut donner au périsprit une apparence lumineuse et splendide.

La forme matérielle peut donc disparaître sous le fluide périsprital, mais il n’y a pas nécessité pour ce fluide de revêtir un autre aspect ; il peut parfois simplement voiler un corps inerte ou vivant et le rendre invisible aux yeux d’une ou plusieurs personnes, comme le ferait une couche de vapeur.

Nous ne prenons les choses actuelles que comme des points de comparaison, et non en vue d’établir une analogie absolue qui n’existe pas.


23. — Ces phénomènes ne peuvent paraître étranges que parce qu’on ne connaît pas les propriétés du fluide périsprital ; c’est pour nous un corps nouveau qui doit avoir des propriétés nouvelles et qu’on ne peut étudier par les procédés ordinaires de la science, mais qui n’en sont pas moins des propriétés naturelles, n’ayant de merveilleux que la nouveauté.


Émancipation de l’âme.


24. — Pendant le sommeil, le corps seul repose, mais l’Esprit ne dort pas ; il profite du repos du corps et des moments où sa présence n’est pas nécessaire pour agir séparément et aller où il veut ; il jouit de sa liberté et de la plénitude de ses facultés. Pendant la vie, l’Esprit n’est jamais complètement séparé du corps ; à quelque distance qu’il se transporte, il y tient toujours par un lien fluidique qui sert à l’y rappeler dès que sa présence est nécessaire ; ce lien n’est rompu qu’à la mort.

« Le sommeil délivre en partie l’âme du corps. Quand on dort, on est momentanément dans l’état où l’on se trouve d’une manière fixe après la mort. Les Esprits qui sont dégagés de la matière après leur mort ont eu des sommeils intelligents ; ceux-là, quand ils dorment, rejoignent la société des autres êtres supérieurs à eux ; ils voyagent, causent et s’instruisent avec eux ; ils travaillent même à des ouvrages qu’ils trouvent tout faits en mourant. Ceci doit vous apprendre une fois de plus à ne pas craindre la mort, puisque vous mourez tous les jours, selon la parole d’un saint.

« Voilà pour les Esprits élevés ; mais pour la masse des hommes qui, à la mort, doivent rester de longues heures dans ce trouble, dans cette incertitude dont ils vous ont parlé, ceux-là vont, soit dans les mondes inférieurs à la terre où d’anciennes affections les rappellent, soit chercher des plaisirs peut-être encore plus bas que ceux qu’ils ont ici ; ils vont puiser des doctrines encore plus viles, plus ignobles, plus nuisibles que celles qu’ils professent au milieu de vous. Et ce qui engendre la sympathie sur la terre n’est pas autre chose que ce fait qu’on se sent au réveil rapproché, par le cœur, de ceux avec qui on vient de passer huit à neuf heures de bonheur ou de plaisir. Ce qui explique aussi ces antipathies invincibles, c’est qu’on sait au fond de son cœur que ces gens-là ont une autre conscience que la nôtre, parce qu’on les connaît sans les avoir vus avec les yeux. C’est encore ce qui explique l’indifférence, parce qu’on ne tient pas à faire de nouveaux amis, lorsqu’on sait qu’on en a d’autres qui nous aiment et nous chérissent. En un mot, le sommeil influe plus que vous ne pensez sur votre vie.

« Par l’effet du sommeil, les Esprits incarnés sont toujours en rapport avec le monde des esprits, et c’est ce qui fait que les Esprits supérieurs consentent, sans trop de répulsion, à s’incarner parmi vous. Dieu a voulu que, pendant leur contact avec le vice, ils pussent aller se retremper à la source du bien pour ne pas faillir eux-mêmes, eux qui venaient instruire les autres. Le sommeil est la porte que Dieu leur a ouverte vers les amis du ciel ; c’est la récréation après le travail, en attendant la grande délivrance, la libération finale qui doit les rendre à leur vrai milieu.

« Le rêve est le souvenir de ce que l’Esprit a vu pendant le sommeil : mais remarquez que vous ne rêvez pas toujours de ce que vous avez vu, ou de tout ce que vous avez vu. Ce n’est pas votre âme dans tout son développement ; ce n’est souvent que le souvenir du trouble qui accompagne votre départ ou votre rentrée, auquel se joint celui de ce que vous avez fait ou de ce qui vous préoccupe dans l’état de veille ; sans cela, comment expliqueriez-vous ces rêves absurdes que font les plus savants comme les plus simples ? Les mauvais Esprits se servent aussi des rêves pour tourmenter les âmes faibles et pusillanimes.

« L’incohérence des rêves s’explique encore par les lacunes que produit le souvenir incomplet de ce qui est apparu en songe. Tel serait un récit dont on aurait tronqué au hasard les phrases : les fragments qui resteraient étant réunis perdraient toute signification raisonnable.

« Au reste, vous verrez dans peu se développer une autre espèce de rêves ; elle est aussi ancienne que celles que vous connaissez, mais vous l’ignoriez. Le rêve de Jeanne d’Arc, le rêve de Jacob, le rêve des prophètes juifs et de quelques devins indiens ; ce rêve-là est le souvenir de l’âme entièrement dégagée du corps, le souvenir de cette seconde vie dont je vous entretenais tout à l’heure. » (Livre des Esprits, n° 400 et suivants.)


25. — L’indépendance et l’émancipation de l’âme se manifestent surtout d’une manière évidente dans le phénomène du somnambulisme naturel et magnétique, dans la catalepsie et la léthargie. La lucidité somnambulique n’est autre que la faculté que possède l’âme de voir et de sentir sans le secours des organes matériels. Cette faculté est un de ses attributs ; elle réside dans tout son être ; les organes du corps sont les canaux restreints par où lui arrivent certaines perceptions. La vue à distance que possèdent certains somnambules provient du déplacement de l’âme qui voit ce qui se passe aux lieux où elle se transporte. Dans ses pérégrinations, elle est toujours revêtue de son périsprit, agent de ses sensations, mais qui n’est jamais entièrement détaché du corps, ainsi que nous l’avons dit. Le dégagement de l’âme produit l’inertie du corps, qui semble parfois privé de vie.


26. — Ce dégagement peut également se produire à divers degrés dans l’état de veille, mais alors le corps ne jouit jamais complètement de son activité normale ; il y a toujours une certaine absorption, un détachement plus ou moins complet des choses terrestres ; le corps ne dort pas, il marche, il agit, mais les yeux regardent sans voir ; on comprend que l’âme est ailleurs. Comme dans le somnambulisme, elle voit les choses absentes ; elle a des perceptions et des sensations qui nous sont inconnues ; parfois elle a la prescience de certains événements futurs par la liaison qu’elle leur reconnaît avec les choses présentes. Pénétrant le monde invisible, elle voit les Esprits avec lesquels elle peut s’entretenir et dont elle peut nous transmettre la pensée.

L’oubli du passé suit assez généralement le retour à l’état normal, mais quelquefois on en conserve un souvenir plus ou moins vague, comme serait celui d’un rêve.


27. — L’émancipation de l’âme amortit parfois les sensations physiques au point de produire une véritable insensibilité qui, dans les moments d’exaltation, peut faire supporter avec indifférence les plus vives douleurs. Cette insensibilité provient du dégagement du périsprit, agent de transmission des sensations corporelles : l’Esprit absent ne ressent pas les blessures du corps.


28. — La faculté émancipatrice de l’âme, dans sa manifestation la plus simple, produit ce qu’on appelle la rêverie éveillée ; elle donne aussi à certaines personnes la prescience qui constitue les pressentiments ; à un plus grand degré de développement, elle produit le phénomène désigné sous le nom de seconde vue, double vue ou somnambulisme éveillé.


29.L’extase est le degré maximum de l’émancipation de l’âme. « Dans le rêve et le somnambulisme, l’âme erre dans les mondes terrestres ; dans l’extase, elle pénètre dans un monde inconnu, dans celui des Esprits éthérés avec lesquels elle entre en communication, sans toutefois pouvoir dépasser certaines limites qu’elle ne saurait franchir sans briser totalement les liens qui l’attachent au corps. Un éclat resplendissant et tout nouveau l’environne, des harmonies inconnues sur la terre la ravissent, un bien-être indéfinissable la pénètre ; elle jouit par anticipation de la béatitude céleste, et l’on peut dire qu’elle pose un pied sur le seuil de l’éternité. Dans l’extase, l’anéantissement du corps est presque complet ; il n’y a plus, pour ainsi dire, que la vie organique, et l’on sent que l’âme n’y tient plus que par un fil qu’un effort de plus ferait rompre sans retour. » (Livre des Esprits, n° 455.)


30. — L’extase, pas plus que les autres degrés d’émancipation de l’âme, n’est exempte d’erreurs ; c’est pourquoi les révélations des extatiques sont loin d’être toujours l’expression de la vérité absolue. La raison en est dans l’imperfection de l’Esprit humain ; ce n’est que lorsqu’il est arrivé au sommet de l’échelle qu’il peut juger sainement les choses ; jusque-là, il ne lui est pas donné de tout voir ni de tout comprendre. Si, après la mort, alors que le détachement est complet, il ne voit pas toujours juste ; s’il en est qui sont encore imbus des préjugés de la vie, qui ne comprennent pas les choses du monde invisible où ils sont, il doit en être de même, à plus forte raison, de l’Esprit qui tient encore à la chair.

Il y a quelquefois chez les extatiques plus d’exaltation que de véritable lucidité, ou pour mieux dire, leur exaltation nuit à leur lucidité ; c’est pourquoi leurs révélations sont souvent un mélange de vérités et d’erreurs, de choses sublimes ou même ridicules. Des Esprits inférieurs profitent aussi de cette exaltation, qui est toujours une cause de faiblesse quand on ne sait pas la maîtriser, pour dominer l’extatique, et à cet effet ils revêtent à ses yeux des apparences qui l’entretiennent dans ses idées ou préjugés, de sorte que ses visions et ses révélations ne sont souvent qu’un reflet de ses croyances. C’est un écueil auquel n’échappent que les Esprits d’un ordre élevé, et contre lequel l’observateur doit se tenir en garde.


31. — Il est des personnes dont le périsprit est tellement identifié avec le corps que le dégagement de l’âme ne s’opère qu’avec une extrême difficulté, même au moment de la mort ; ce sont généralement celles qui ont vécu le plus matériellement ; ce sont aussi celles dont la mort est la plus pénible, la plus remplie d’angoisses, et l’agonie la plus longue et la plus douloureuse ; mais il en est d’autres, au contraire, dont l’âme tient au corps par des liens si faibles que la séparation se fait sans secousse, avec la plus grande facilité et souvent avant la mort du corps ; aux approches du terme de la vie, l’âme entrevoit déjà le monde où elle va entrer et aspire au moment de sa délivrance complète.


Apparition des personnes vivantes. Bi-corporéité.


32. — La faculté émancipatrice de l’âme et son dégagement du corps pendant la vie peuvent donner lieu à des phénomènes analogues à ceux que présentent les Esprits désincarnés. Pendant que le corps est dans le sommeil, l’Esprit, se transportant en divers lieux, peut se rendre visible et apparaître sous une forme vaporeuse soit en rêve, soit à l’état de veille ; il peut également se présenter sous la forme tangible, ou tout au moins avec une apparence tellement identique à la réalité que plusieurs personnes peuvent être dans le vrai en affirmant l’avoir vu au même moment sur deux points différents ; il y était, en effet, mais d’un côté seul était le corps véritable, et de l’autre il n’y avait que l’Esprit. C’est ce phénomène, fort rare du reste, qui a donné lieu à la croyance aux hommes doubles, et qui est désigné sous le nom de bi-corporéité.

Quelque extraordinaire qu’il soit, il n’en reste pas moins, comme tous les autres, dans l’ordre des phénomènes naturels, puisqu’il repose sur les propriétés du périsprit et sur une loi de la nature.


Des Médiums.


33. — Les Médiums sont les personnes aptes à ressentir l’influence des Esprits et à transmettre leur pensée.

Toute personne qui ressent à un degré quelconque l’influence des Esprits est, par cela même, médium. Cette faculté est inhérente à l’homme, et, par conséquent, n’est point un privilège exclusif : aussi en est-il peu chez lesquels on n’en trouve quelque rudiment. On peut donc dire que tout le monde, à peu de chose près, est médium ; toutefois, dans l’usage, cette qualification ne s’applique qu’à ceux chez lesquels la faculté médiumnique se manifeste par des effets ostensibles d’une certaine intensité.


34. — Le fluide périsprital est l’agent de tous les phénomènes spirites ; ces phénomènes ne peuvent s’opérer que par l’action réciproque des fluides émis par le médium et par l’Esprit. Le développement de la faculté médiumnique tient à la nature plus ou moins expansible du périsprit du médium et à son assimilation plus ou moins facile avec celui des Esprits ; elle tient, par conséquent, à l’organisation, et peut être développée quand le principe existe, mais elle ne peut être acquise quand ce principe n’existe pas. La prédisposition médiumnique est indépendante du sexe, de l’âge et du tempérament ; on trouve des médiums dans toutes les catégories d’individus depuis l’âge le plus tendre jusqu’au plus avancé.


35. — Les rapports entre les Esprits et les médiums s’établissent au moyen de leur périsprit ; la facilité de ces rapports dépend du degré d’affinité qui existe entre les deux fluides ; il en est qui s’assimilent facilement et d’autres qui se repoussent ; d’où il suit qu’il ne suffit pas d’être médium pour communiquer indistinctement avec tous les Esprits ; il est des médiums qui ne peuvent communiquer qu’avec certains Esprits ou avec certaines catégories d’Esprits, et d’autres qui ne le peuvent que par une transmission de pensée, sans aucune manifestation extérieure.


36. — Par l’assimilation des fluides périspritaux, l’Esprit s’identifie pour ainsi dire avec la personne qu’il veut influencer ; non seulement il lui transmet sa pensée, mais il peut exercer sur elle une action physique, la faire agir ou parler à son gré, lui faire dire ce qu’il veut ; en un mot, se servir de ses organes comme s’ils étaient les siens ; il peut enfin neutraliser l’action de son propre Esprit et paralyser son libre arbitre. Les bons Esprits se servent de cette influence pour le bien, et les mauvais Esprits pour le mal.


37. — Les Esprits peuvent se manifester d’une infinité de manières différentes, et ils ne le peuvent qu’à la condition de trouver une personne apte à recevoir et à transmettre tel ou tel genre d’impression selon son aptitude : or, comme il n’en est aucune possédant toutes les aptitudes au même degré, il en résulte que les unes obtiennent des effets impossibles pour d’autres. Cette diversité dans les aptitudes produit différentes variétés de médiums.


38. — La volonté du médium n’est point toujours nécessaire ; l’Esprit qui veut se manifester cherche l’individu apte à recevoir son impression et s’en sert souvent à son insu ; d’autres personnes, au contraire, ayant la conscience de leur faculté, peuvent provoquer certaines manifestations ; de là deux catégories de médiums : les médiums inconscients et les médiums facultatifs.

Dans le premier cas, l’initiative vient de l’Esprit ; dans le second, elle vient du médium.


39. — Les médiums facultatifs ne se trouvent que parmi les personnes qui ont une connaissance plus ou moins complète des moyens de communiquer avec les Esprits, et peuvent ainsi avoir la volonté de se servir de leur faculté ; les médiums inconscients, au contraire, se rencontrent parmi ceux qui n’ont aucune idée ni du Spiritisme ni des Esprits, parmi les plus incrédules même, et qui servent d’instruments sans le savoir et sans le vouloir. Tous les genres de phénomènes spirites peuvent se produire par leur influence, et il s’en est trouvé à toutes les époques et chez tous les peuples. L’ignorance et la crédulité leur ont attribué un pouvoir surnaturel, et, selon les lieux et les temps, on en a fait des saints, des sorciers, des fous ou des visionnaires ; le Spiritisme nous montre en eux la simple manifestation spontanée d’une faculté naturelle.


40. — Parmi les différentes variétés de médiums, on distingue principalement : les médiums à effets physiques ; les médiums sensitifs ou impressibles ; les médiums auditifs, parlants, voyants, inspirés, somnambules, guérisseurs, écrivains ou psychographes, etc. ; nous ne décrivons ici que les plus essentielles. n


41.Médiums à effets physiques. — Ils sont plus spécialement aptes à produire des phénomènes matériels, tels que les mouvements des corps inertes, les bruits, le déplacement, le soulèvement et la translation des objets, etc. Ces phénomènes peuvent être spontanés ou provoqués ; dans tous les cas, ils requièrent le concours volontaire ou involontaire de médiums doués de facultés spéciales. Ils sont généralement le fait d’Esprits d’un ordre inférieur, les Esprits élevés ne s’occupant que des communications intelligentes et instructives.


42.Médiums sensitifs ou impressibles. — On désigne ainsi des personnes susceptibles de ressentir la présence des Esprits par une vague impression, une sorte de frôlement sur tous les membres, dont elles ne peuvent se rendre compte. Cette faculté peut acquérir une telle subtilité que celui qui en est doué reconnaît à l’impression qu’il ressent, non seulement la nature bonne ou mauvaise de l’Esprit qui est à ses côtés, mais même son individualité, comme l’aveugle reconnaît instinctivement l’approche de telle ou telle personne. Un bon esprit fait toujours une impression douce et agréable ; celle d’un mauvais, au contraire, est pénible, anxieuse et désagréable ; il y a comme un flair d’impureté.


43.Médiums auditifs. — Ils entendent la voix des Esprits ; c’est quelquefois une voix intime qui se fait entendre dans le fort intérieur ; d’autres fois c’est une voix extérieure, claire et distincte comme celle d’une personne vivante. Les médiums auditifs peuvent ainsi entrer en conversation avec les Esprits. Lorsqu’ils ont l’habitude de communiquer avec certains Esprits, ils les reconnaissent immédiatement au son de la voix. Quand on n’est pas soi-même médium auditif, on peut communiquer avec un Esprit par l’intermédiaire d’un médium auditif qui transmet ses paroles.


44.Médiums parlants. — Les médiums auditifs qui ne font que transmettre ce qu’ils entendent ne sont pas, à proprement parler, des Médiums parlants ; ces derniers, très souvent, n’entendent rien ; chez eux, l’Esprit agit sur les organes de la parole comme il agit sur la main des médiums écrivains. L’Esprit voulant se communiquer se sert de l’organe qu’il trouve le plus flexible ; à l’un il emprunte la main, à un autre la parole, à un troisième l’ouïe. Le médium parlant s’exprime généralement sans avoir la conscience de ce qu’il dit, et souvent il dit des choses complètement en dehors de ses idées habituelles, de ses connaissances et même de la portée de son intelligence. On voit parfois des personnes illettrées et d’une intelligence vulgaire s’exprimer, dans ces moments-là, avec une véritable éloquence, et traiter avec une incontestable supériorité des questions sur lesquelles elles seraient incapables d’émettre une opinion dans l’état ordinaire.

Quoique le médium parlant soit parfaitement éveillé, il conserve rarement le souvenir de ce qu’il a dit. La passivité, cependant, n’est pas toujours complète ; il en est qui ont l’intuition de ce qu’ils disent au moment même où ils prononcent les mots.

La parole est, chez le médium parlant, un instrument dont se sert l’Esprit avec lequel une personne étrangère peut entrer en communication, comme elle peut le faire par l’entremise d’un médium auditif. Il y a cette différence entre le médium auditif et le médium parlant, que le premier parle volontairement pour répéter ce qu’il entend, tandis que le second parle involontairement.


45.Médiums voyants. — On donne ce nom aux personnes qui, dans l’état normal, et parfaitement éveillées, jouissent de la faculté de voir les Esprits. La possibilité de les voir en rêve résulte, sans contredit, d’une sorte de médiumnité, mais ne constitue pas, à proprement parler, les médiums voyants. Nous avons expliqué la théorie de ce phénomène dans le chapitre des Visions et Apparitions du Livre des médiums.

Les apparitions accidentelles des personnes que l’on a aimées ou connues sont assez fréquentes ; et, bien que ceux qui en ont eu puissent être considérés comme des médiums voyants, on donne plus généralement ce nom à ceux qui jouissent, d’une manière en quelque sorte permanente, de la faculté de voir à peu près tous les Esprits. Dans le nombre, il en est qui ne voient que les Esprits que l’on évoque et dont ils peuvent faire la description avec une minutieuse exactitude ; ils décrivent dans les moindres détails leurs gestes, l’expression de leur physionomie, les traits du visage, le costume et jusqu’aux sentiments dont ils paraissent animés. Il en est d’autres chez lesquels cette faculté est encore plus générale ; ils voient toute la population spirite ambiante aller, venir, et l’on pourrait dire vaquer à ses affaires. Ces médiums ne sont jamais seuls : ils ont toujours avec eux une société qu’ils peuvent choisir à leur gré, selon leur goût, car ils peuvent, par leur volonté, écarter les Esprits qui ne leur conviennent pas, ou attirer ceux qui leur sont sympathiques.


46.Médiums somnambules. — Le somnambulisme peut être considéré comme une variété de la faculté médiumnique, ou, pour mieux dire, ce sont deux ordres de phénomènes qui se trouvent très souvent réunis. Le somnambule agit sous l’influence de son propre Esprit ; c’est son âme qui, dans les moments d’émancipation, voit, entend et perçoit en dehors de la limite des sens ; ce qu’il exprime, il le puise en lui-même ; ses idées sont, en général, plus justes que dans l’état normal, ses connaissances plus étendues, parce que son âme est libre ; en un mot, il vit par anticipation de la vie des Esprits. Le médium, au contraire, est l’instrument d’une intelligence étrangère ; il est passif et ce qu’il dit ne vient point de lui. En résumé, le somnambule exprime sa propre pensée et le médium exprime celle d’un autre. Mais l’Esprit qui se communique à un médium ordinaire peut tout aussi bien le faire à un somnambule ; souvent l’état même d’émancipation de l’âme, pendant le somnambulisme, rend cette communication plus facile. Beaucoup de somnambules voient parfaitement les Esprits et les décrivent avec autant de précision que les médiums voyants ; ils peuvent s’entretenir avec eux et nous transmettre leur pensée ; ce qu’ils disent en dehors du cercle de leurs connaissances personnelles leur est souvent suggéré par d’autres Esprits.


47.Médiums inspirés. — Ces médiums sont ceux chez lesquels les signes extérieurs de la médiumnité sont les moins apparents ; l’action des Esprits est ici toute intellectuelle et toute morale, et se révèle dans les plus petites circonstances de la vie, comme dans les plus grandes conceptions ; c’est sous ce rapport surtout qu’on peut dire que tout le monde est médium, car il n’est personne qui n’ait ses Esprits protecteurs et familiers qui font tous leurs efforts pour suggérer à leurs protégés des pensées salutaires. Chez l’inspiré, il est souvent difficile de distinguer la pensée propre de celle qui est suggérée ; ce qui caractérise cette dernière, c’est surtout la spontanéité.

L’inspiration devient plus évidente dans les grands travaux de l’intelligence. Les hommes de génie dans tous les genres, artistes, savants, littérateurs, orateurs, sont sans doute des Esprits avancés, capables par eux-mêmes de comprendre et de concevoir de grandes choses ; or, c’est précisément parce qu’ils sont jugés capables que les Esprits qui veulent l’accomplissement de certains travaux leur suggèrent les idées nécessaires, et c’est ainsi qu’ils sont, le plus souvent, médiums sans le savoir. Ils ont pourtant une vague intuition d’une assistance étrangère, car celui qui fait appel à l’inspiration ne fait pas autre chose qu’une évocation ; s’il n’espérait pas être entendu, pourquoi s’écrierait-il si souvent : Mon bon génie, viens à mon aide !


48.Médiums à pressentiments. — Personnes qui, dans certaines circonstances, ont une vague intuition des choses futures vulgaires. Cette intuition peut provenir d’une sorte de double vue qui permet d’entrevoir les conséquences des choses présentes et la filiation des événements ; mais souvent elle est le fait de communications occultes qui en font une variété des médiums inspirés.


49.Médiums prophétiques. — C’est également une variété des médiums inspirés ; ils reçoivent avec la permission de Dieu, et avec plus de précision que les médiums à pressentiments, la révélation des choses futures d’un intérêt général, qu’ils sont chargés de faire connaître aux hommes pour leur instruction. Le pressentiment est donné à la plupart des hommes en quelque sorte pour leur usage personnel ; le don de prophétie, au contraire, est exceptionnel et implique l’idée d’une mission sur la terre.

S’il y a de vrais prophètes, il y en a encore plus de faux, et qui prennent les rêves de leur imagination pour des révélations, quand ce ne sont pas des fourbes qui se font passer pour tels par ambition.

Le vrai prophète est un homme de bien inspiré de Dieu ; on peut le reconnaître à ses paroles et à ses actions ; Dieu ne peut se servir de la bouche du menteur pour enseigner la vérité. (Livre des Esprits, n° 624.)


50.Médiums écrivains ou psychographes. — On désigne sous ce nom les personnes qui écrivent sous l’influence des Esprits. De même qu’un Esprit peut agir sur les organes de la parole d’un médium parlant pour lui faire prononcer des mots, il peut se servir de sa main pour le faire écrire. La médiumnité psychographique présente trois variétés très distinctes : les médiums mécaniques, intuitifs et semi-mécaniques.

Chez le médium mécanique, l’Esprit agit directement sur la main à laquelle il donne l’impulsion. Ce qui caractérise ce genre de médiumnité, c’est l’inconscience absolue de ce que l’on écrit ; le mouvement de la main est indépendant de la volonté ; elle marche sans interruption et malgré le médium tant que l’Esprit a quelque chose à dire, et s’arrête quand il a fini.

Chez le médium intuitif, la transmission de la pensée se fait par l’intermédiaire de l’Esprit du médium. L’Esprit étranger, dans ce cas, n’agit pas sur la main pour la diriger, il agit sur l’âme avec laquelle il s’identifie et à laquelle il imprime sa volonté et ses idées ; elle reçoit la pensée de l’Esprit étranger et la transcrit. Dans cette situation, le médium écrit volontairement et a la conscience de ce qu’il écrit, quoique ce ne soit pas sa propre pensée.

Il est souvent assez difficile de distinguer la pensée propre du médium de celle qui lui est suggérée, ce qui porte beaucoup de médiums de ce genre à douter de leur faculté. On peut reconnaître la pensée suggérée en ce qu’elle n’est jamais préconçue ; elle naît à mesure que l’on écrit, et souvent elle est contraire à l’idée préalable qu’on s’était formée ; elle peut même être en dehors des connaissances et des capacités du médium.

Il y a une grande analogie entre la médiumnité intuitive et l’inspiration ; la différence consiste en ce que la première est le plus souvent restreinte à des questions d’actualité et peut s’appliquer en dehors des capacités intellectuelles du médium ; un médium pourra traiter par intuition un sujet auquel il est complètement étranger. L’inspiration s’étend sur un champ plus vaste et vient généralement en aide aux capacités et aux préoccupations de l’Esprit incarné. Les traces de la médiumnité sont généralement moins évidentes.

Le médium semi-mécanique ou semi-intuitif participe des deux autres. Dans le médium purement mécanique, le mouvement de la main est indépendant de la volonté ; dans le médium intuitif le mouvement est volontaire et facultatif. Le médium semi-mécanique sent une impulsion donnée à sa main malgré lui, mais en même temps il a la conscience de ce qu’il écrit à mesure que les mots se forment. Chez le premier la pensée suit l’acte de l’écriture ; chez le second, elle le précède ; chez le troisième, elle l’accompagne.


51. — Le médium n’étant qu’un instrument qui reçoit et transmet la pensée d’un Esprit étranger, qui suit l’impulsion mécanique qui lui est donnée, il n’est rien qu’il ne puisse faire en dehors de ses connaissances, s’il est doué de la flexibilité et de l’aptitude médiumnique nécessaires. C’est ainsi qu’il existe des médiums dessinateurs, peintres, musiciens, versificateurs, quoique étrangers aux arts du dessin, de la peinture, de la musique et de la poésie ; des médiums illettrés qui écrivent sans savoir ni lire ni écrire ; des médiums polygraphes qui reproduisent différents genres d’écriture, et quelquefois avec une parfaite exactitude celle que l’Esprit avait de son vivant ; des médiums polyglottes qui parlent ou écrivent dans les langues qui leur sont inconnues, etc.


52.Médiums guérisseurs. — Ce genre de médiumnité consiste dans la faculté que certaines personnes possèdent de guérir par le simple attouchement, par l’imposition des mains, le regard, un geste même, sans le secours d’aucun médicament. Cette faculté a incontestablement son principe dans la puissance magnétique ; elle en diffère toutefois par l’énergie et par l’instantanéité de l’action, tandis que les cures magnétiques exigent un traitement méthodique plus ou moins long. Tous les magnétiseurs sont à peu près aptes à guérir s’ils savent s’y prendre convenablement ; ils ont la science acquise ; chez les médiums guérisseurs la faculté est spontanée et quelques-uns la possèdent sans avoir jamais entendu parler du magnétisme.

La faculté de guérir par l’imposition des mains a évidemment son principe dans une puissance exceptionnelle d’expansion, mais elle est accrue par diverses causes, parmi lesquelles il faut placer en première ligne : la pureté des sentiments, le désintéressement, la bienveillance, l’ardent désir de soulager, la prière fervente et la confiance en Dieu, en un mot toutes les qualités morales. La puissance magnétique est purement organique ; elle peut, comme la force musculaire, être donnée à tout le monde, même à l’homme pervers ; mais l’homme de bien seul s’en sert exclusivement pour le bien, sans arrière-pensée d’intérêt personnel ni de satisfaction d’orgueil ou de vanité ; son fluide épuré possède des propriétés bienfaisantes et réparatrices que ne peut avoir celui de l’homme vicieux ou intéressé.

Tout effet médiumnique, comme il a été dit, est le résultat de la combinaison des fluides émis par un Esprit et par le médium : par cette union ces fluides acquièrent des propriétés nouvelles qu’ils n’auraient pas séparément, ou tout au moins qu’ils n’auraient pas au même degré. La prière, qui est une véritable évocation, attire les bons Esprits empressés de venir seconder les efforts de l’homme bien intentionné ; leur fluide bienfaisant s’unit facilement avec le sien, tandis que le fluide de l’homme vicieux s’allie avec celui des mauvais Esprits qui l’entourent.

L’homme de bien qui n’aurait pas la puissance fluidique ne pourrait donc que peu de chose par lui-même, il ne peut qu’appeler l’assistance des bons Esprits, mais son action personnelle est presque nulle ; une grande puissance fluidique alliée à la plus grande somme possible de qualités morales, peut opérer de véritables prodiges de guérisons.


53. — L’action fluidique est, en outre, puissamment secondée par la confiance du malade et Dieu récompense souvent sa foi par le succès.


54. — La superstition seule peut attacher une vertu à certaines paroles, et des Esprits ignorants et menteurs peuvent seuls entretenir de pareilles idées en prescrivant des formules quelconques. Cependant il peut arriver que, pour des personnes peu éclairées et incapables de comprendre les choses purement spirituelles, l’emploi d’une formule de prière ou d’une pratique déterminée contribue à leur donner confiance ; dans ce cas, ce n’est pas la formule qui est efficace, mais la foi qui est augmentée par l’idée attachée à l’emploi de la formule.


55. — Il ne faut pas confondre les médiums guérisseurs avec les médiums médicaux ; ces derniers sont de simples médiums écrivains dont la spécialité est de servir plus facilement d’interprètes aux Esprits pour les prescriptions médicales ; mais ils ne font absolument que transmettre la pensée de l’Esprit et n’ont, par eux-mêmes, aucune influence.


De l’obsession et de la possession.


56. — L’obsession est l’empire que de mauvais esprits prennent sur certaines personnes, en vue de les maîtriser et de les soumettre à leur volonté, par le plaisir qu’ils éprouvent à faire le mal.

Lorsqu’un Esprit, bon ou mauvais, veut agir sur un individu, il l’enveloppe pour ainsi dire de son périsprit comme d’un manteau ; les fluides se pénétrant, les deux pensées et les deux volontés se confondent et l’Esprit peut alors se servir de ce corps comme du sien propre, le faire agir selon sa volonté, parler, écrire, dessiner, tels sont les médiums. Si l’Esprit est bon, son action est douce, bienfaisante ; il ne fait faire que de bonnes choses ; est-il mauvais, il en fait faire de mauvaises ; est-il pervers et méchant, il l’étreint comme dans un filet, paralyse jusqu’à sa volonté, son jugement même, qu’il étouffe sous son fluide, comme on étouffe le feu sous une couche d’eau ; le fait penser, parler, agir par lui, le pousse malgré lui à des actes extravagants ou ridicules, en un mot il le magnétise, le cataleptise moralement, et l’individu devient un instrument aveugle de ses volontés. Telle est la cause de l’obsession, de la fascination et de la subjugation qui se montrent à des degrés d’intensité très divers. C’est le paroxysme de la subjugation que l’on appelle vulgairement possession. Il est à remarquer que, dans cet état, l’individu a très souvent la conscience que ce qu’il fait est ridicule, mais il est contraint de le faire, comme si un homme plus vigoureux que lui faisait mouvoir contre son gré ses bras, ses jambes et sa langue.


57. — Puisque les Esprits ont existé de tout temps, de tout temps aussi ils ont joué le même rôle, parce que ce rôle est dans la nature, et la preuve en est dans le grand nombre de personnes obsédées ou possédées, si on le veut, avant qu’il ne fût question des Esprits, ou qui, de nos jours, n’ont jamais entendu parler de Spiritisme ni de médiums. L’action des Esprits, bons ou mauvais, est donc spontanée ; celle des mauvais produit une foule de perturbations dans l’économie morale et même physique que, par une ignorance de la cause véritable, on attribuait à des causes erronées. Les mauvais Esprits sont des ennemis invisibles d’autant plus dangereux qu’on ne soupçonnait pas leur action. Le Spiritisme, en les mettant à découvert, vient révéler une nouvelle cause à certains maux de l’humanité ; la cause connue, on ne cherchera plus à combattre le mal par des moyens que l’on sait désormais inutiles, on en cherchera de plus efficaces. Or, qu’est-ce qui a fait découvrir cette cause ? La médiumnité ; c’est par la médiumnité que ces ennemis occultes ont trahi leur présence ; elle a fait pour eux ce que le microscope a fait pour les infiniment petits : elle a révélé tout un monde. Le Spiritisme n’a point attiré les mauvais Esprits ; il les a dévoilés et a donné les moyens de paralyser leur action, et, par conséquent, de les éloigner. Il n’a donc point apporté le mal, puisque le mal existait de tout temps : il apporte, au contraire, le remède au mal en montrant la cause. Une fois l’action du monde invisible reconnue, on aura la clef d’une foule de phénomènes incompris, et la science, enrichie de cette nouvelle loi, verra s’ouvrir devant elle de nouveaux horizons. QUAND Y ARRIVERA-T-ELLE ? Quand elle ne professera plus le matérialisme, car le matérialisme l’arrête dans son essor et lui pose une barrière infranchissable.


58. — Puisque, s’il y a de mauvais Esprits qui obsèdent, il y en a de bons qui protègent, on se demande si les mauvais Esprits sont plus puissants que les bons.

Ce n’est pas le bon Esprit qui est plus faible, c’est le médium qui n’est pas assez fort pour secouer le manteau qu’on a jeté sur lui, pour se dégager de l’étreinte des bras qui l’enlacent et dans lesquels, il faut bien le dire, quelquefois il se complaît. Dans ce cas, on comprend que le bon Esprit ne puisse avoir le dessus, puisqu’on lui en préfère un autre. Admettons maintenant le désir de se débarrasser de cette enveloppe fluidique dont la sienne est pénétrée comme un vêtement est pénétré par l’humidité, le désir ne suffira pas. La volonté même ne suffit pas toujours.

Il s’agit de lutter contre un adversaire ; or, quand deux hommes luttent corps à corps, c’est celui qui a les muscles les plus forts qui terrasse l’autre. Avec un Esprit, il faut lutter, non corps à corps, mais d’Esprit à Esprit, et c’est encore le plus fort qui l’emporte ; ici, la force est dans l’autorité que l’on peut prendre sur l’Esprit, et cette autorité est subordonnée à la supériorité morale. La supériorité morale est comme le soleil qui dissipe le brouillard par la puissance de ses rayons. S’efforcer d’être bon, de devenir meilleur si l’on est déjà bon, se purifier de ses imperfections, en un mot, s’élever moralement le plus possible, tel est le moyen d’acquérir le pouvoir de commander aux Esprits inférieurs pour les écarter, autrement ils se moquent de vos injonctions. (Livre des Médiums, n° 252 et 279.)

Cependant, dira-t-on, pourquoi les Esprits protecteurs ne leur enjoignent-ils pas de se retirer ? Sans doute ils le peuvent et le font quelquefois ; mais, en permettant la lutte, ils laissent aussi le mérite de la victoire ; s’ils laissent se débattre des personnes méritantes à certains égards, c’est pour éprouver leur persévérance et leur faire acquérir plus de force dans le bien ; c’est pour elles une sorte de gymnastique morale.

Certaines personnes préféreraient, sans doute, une autre recette plus facile pour chasser les mauvais Esprits : quelques mots à dire ou quelques signes à faire, par exemple, ce qui serait plus commode que de se corriger de ses défauts. Nous en sommes fâché, mais nous ne connaissons aucun moyen efficace pour vaincre un ennemi que d’être plus fort que lui. Quand on est malade, il faut se résigner à prendre une médecine, quelque amère qu’elle soit ; mais aussi, quand on a eu le courage de boire, comme on se porte bien, et combien l’on est fort ! Il faut donc bien se persuader qu’il n’y a, pour atteindre ce but, ni paroles sacramentelles, ni formules, ni talisman, ni signes matériels quelconques. Les mauvais Esprits s’en rient et se plaisent souvent à en indiquer qu’ils ont toujours soin de dire infaillibles, pour mieux capter la confiance de ceux qu’ils veulent abuser parce qu’alors ceux-ci, confiants dans la vertu du procédé, se livrent sans crainte.

Avant d’espérer dompter le mauvais Esprit, il faut se dompter soi-même. De tous les moyens d’acquérir la force pour y parvenir, le plus efficace est la volonté secondée par la prière, la prière de cœur s’entend, et non des paroles auxquelles la bouche a plus de part que la pensée. Il faut prier son ange gardien et les bons Esprits de nous assister dans la lutte ; mais il ne suffit pas de leur demander de chasser le mauvais Esprit, il faut se souvenir de cette maxime : Aide-toi, le ciel t’aidera, et leur demander surtout la force qui nous manque pour vaincre nos mauvais penchants qui sont pour nous pires que les mauvais Esprits, car ce sont ces penchants qui les attirent, comme la corruption attire les oiseaux de proie. En priant aussi pour l’Esprit obsesseur, c’est lui rendre le bien pour le mal, et se montrer meilleur que lui, et c’est déjà une supériorité. Avec de la persévérance, on finit le plus souvent par le ramener à de meilleurs sentiments et de persécuteur en faire un obligé.

En résumé, la prière fervente et les efforts sérieux pour s’améliorer sont les seuls moyens d’éloigner les mauvais Esprits qui reconnaissent leurs maîtres dans ceux qui pratiquent le bien, tandis que les formules les font rire, la colère et l’impatience les excitent. Il faut les lasser en se montrant plus patients qu’eux.

Mais il arrive quelquefois que la subjugation augmente au point de paralyser la volonté de l’obsédé, et qu’on ne peut attendre de lui aucun concours sérieux. C’est alors surtout que l’intervention de tiers devient nécessaire, soit par la prière, soit par l’action magnétique ; mais la puissance de cette intervention dépend aussi de l’ascendant moral que les intervenants peuvent prendre sur les Esprits ; car s’ils ne valent pas mieux, leur action est stérile. L’action magnétique, dans ce cas, a pour effet de pénétrer le fluide de l’obsédé d’un fluide meilleur, et de dégager celui de l’Esprit mauvais ; en opérant, le magnétiseur doit avoir le double but d’opposer une force morale à une force morale, et de produire sur le sujet une sorte de réaction chimique, pour nous servir d’une comparaison matérielle, chassant un fluide par un autre fluide. Par là, non seulement il opère un dégagement salutaire, mais il donne de la force aux organes affaiblis par une longue et souvent vigoureuse étreinte. On comprend, du reste, que la puissance de l’action fluidique est en raison, non seulement de l’énergie de la volonté, mais surtout de la qualité du fluide introduit, et, d’après ce que nous avons dit, que cette qualité dépend de l’instruction et des qualités morales du magnétiseur ; d’où il suit qu’un magnétiseur ordinaire qui agirait machinalement pour magnétiser purement et simplement, produirait peu ou point d’effet ; il faut, de toute nécessité, un magnétiseur spirite agissant en connaissance de cause avec l’intention de produire, non le somnambulisme ou une guérison organique, mais les effets que nous venons de décrire. Il est, en outre, évident qu’une action magnétique, dirigée dans ce sens, ne peut être que très utile dans les cas d’obsession ordinaire, parce qu’alors, si le magnétiseur est secondé par la volonté de l’obsédé, l’Esprit est combattu par deux adversaires au lieu d’un.

Il faut dire aussi qu’on charge souvent les Esprits étrangers de méfaits dont ils sont très innocents ; certains états maladifs et certaines aberrations que l’on attribue à une cause occulte tiennent simplement, parfois, à l’Esprit de l’individu lui-même. Les contrariétés que le plus ordinairement on concentre en soi-même, les chagrins amoureux surtout, ont fait commettre bien des actes excentriques qu’on aurait tort de mettre sur le compte de l’obsession. On est souvent son propre obsesseur.

Ajoutons enfin que certaines obsessions tenaces, surtout chez les personnes méritantes, font quelquefois partie des épreuves auxquelles elles sont soumises. « Il arrive même parfois que l’obsession, quand elle est simple, est une tâche imposée à l’obsédé qui doit travailler à l’amélioration de l’obsesseur, comme un père à celle d’un enfant vicieux. » (Nous renvoyons pour plus de détails au Livre des Médiums.)

La prière est généralement un puissant moyen pour aider à la délivrance des obsédés, mais ce n’est pas une prière de mots, dite avec indifférence et comme une formule banale, qui peut être efficace en pareil cas ; il faut une prière ardente qui soit en même temps une sorte de magnétisation mentale ; par la pensée, on peut porter sur le patient un courant fluidique salutaire dont la puissance est en raison de l’intention. La prière n’a donc pas seulement pour effet d’invoquer un secours étranger, mais d’exercer une action fluidique. Ce qu’une personne ne peut faire seule, plusieurs personnes unies d’intention dans une prière collective et réitérée le peuvent souvent, la puissance d’action étant augmentée par le nombre.


59. — L’inefficacité de l’exorcisme dans les cas de possession est constatée par l’expérience, et il est prouvé que la plupart du temps il augmente le mal plutôt qu’il ne le diminue. La raison en est que l’influence est tout entière dans l’ascendant moral exercé sur les mauvais Esprits, et non dans un acte extérieur, dans la vertu des paroles et des signes. L’exorcisme consiste dans des cérémonies et des formules dont se rient les mauvais Esprits, tandis qu’ils cèdent à la supériorité morale qui leur impose ; ils voient qu’on veut les maîtriser par des moyens impuissants, qu’on pense les intimider par un vain appareil, et ils tiennent à se montrer les plus forts, c’est pourquoi ils redoublent ; ils sont comme le cheval ombrageux qui jette par terre le cavalier inhabile et qui plie quand il a trouvé son maître ; or, le véritable maître ici est l’homme au cœur le plus pur, parce que c’est celui qui est le plus écouté des bons Esprits.


60. — Ce qu’un Esprit peut faire sur un individu, plusieurs Esprits peuvent le faire sur plusieurs individus simultanément et donner à l’obsession un caractère épidémique. Une nuée de mauvais Esprits peut faire invasion dans une localité et s’y manifester de diverses manières. C’est une épidémie de ce genre qui sévissait en Judée du temps du Christ ; or, le Christ, par son immense supériorité morale, avait sur les démons ou mauvais Esprits une telle autorité, qu’il lui suffisait de leur commander de se retirer pour qu’ils le fissent, et il n’employait pour cela ni signes, ni formules.


61. — Le Spiritisme est fondé sur l’observation des faits résultant des rapports entre le monde visible et le monde invisible. Ces faits étant dans la nature se sont produits à toutes les époques, et ils abondent surtout dans les livres sacrés de toutes les religions, parce qu’ils ont servi de base à la plupart des croyances. C’est faute de les comprendre que la Bible et les Évangiles offrent tant de passages obscurs et qui ont été interprétés dans des sens différents ; le Spiritisme est la clef qui doit en faciliter l’intelligence.



[1] Pour les détails complets, voir le Livre des Médiums.


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